Sangliers : comment éviter la surpopulation ?

Sangliers : comment éviter la surpopulation ?

Publié le 16/02/2019

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Incidents aux conséquences importantes

Transports. Les sangliers sont à l’origine d’incidents sur les voies ferrées qui engendrent des retards importants. Des actions sont engagées par SNCF Réseau Nouvelle-Aquitaine en lien avec les acteurs pour réduire ce risque.

Les sangliers ont un impact sur la vie de la ruralité. Outre les dégâts occasionnés sur les cultures ou prairies, ils engendrent également des perturbations sur les transports. Certains peuvent être à l’origine d’accidents de voiture. D’autres perturbent la circulation des trains et occasionnent de nombreux retards.

Des retards considérables

La direction territoriale Nouvelle-Aquitaine de SNCF Réseau travaille en ce moment pour trouver des solutions afin de minimiser l’impact des sangliers sur la circulation des trains. Elle s’appuie sur un outil de collecte des incidents liés à la divagation d’animaux sauvages ou domestiques qui existe depuis 2001. Le lieu de l’impact, le type d’animal incriminé et le nombre de minutes de retard cumulées y sont indiqués, indique Geneviève Latxague, responsable des relations extérieures à la direction territoriale Nouvelle-Aquitaine.

« En Haute-Vienne, sur la ligne Paris-Toulouse, les incidents dus à des sangliers représentent 12 % des incidents liés à la faune sauvage, mais dans 95 % des cas il y a collision », ajoute-telle. Dans ce cas-là, les conséquences sont importantes. Le train s’arrête. Quand l’animal a été éjecté hors de la voie, la reprise de la circulation est rapide, mais quand l’animal est sous la machine, le choc engendre souvent des dégâts matériels. La reprise de la circulation est alors plus longue. Dans tous les cas, un arrêt se répercute sur les trains qui doivent circuler ensuite sur la même ligne. « En moyenne, le retard cumulé dû à un choc causé par un sanglier est d’1 h 30 », indique-t-elle.

Réduire les risques

Sur la période 2006-2018, aucune évolution significative des incidents liés à ce type de grand gibier n’est observée. Néanmoins, des actions sont menées pour réduire ces risques. « Une étude a été menée pour identifier les points chauds. Une carte a été élaborée afin de cibler les zones nécessitant une intervention. Un travail avec les chasseurs est engagé pour définir les actions à mettre en place (par exemple, travailler pour orienter la faune sauvage vers des passages sous la voie quand ils existent, développer l’entretien de la végétation en bord de voie pour éviter que les animaux s’y réfugient...). Un dialogue est également en cours avec la Direction départementale des territoires pour l’organisation de battues administratives si nécessaire », conclut Geneviève Latxague.

NATHALIE PÉNELOUX


"Le projet de schéma départemental de gestion cynégétique pour le sanglier suscite une grosse inquiétude"

Pascal Germond, secrétaire général de la FDSEA et responsable du dossier chasse, fait part de ses inquiétudes quant au projet de Schéma cynégétique grand gibier sangliers pour la période 2019-2025, qui est porté par la fédération des chasseurs.

• Quel constat pouvez-vous faire quant aux populations de sangliers sur le département aujourd’hui ?

Pascal Germond : Le projet de schéma départemental de gestion cynégétique pour le sanglier suscite une grosse inquiétude. Sur le terrain il y a de plus en plus de sangliers et de moins en moins de chasseurs. Le nombre de chasseurs est en baisse et sa population vieillit. Le permis de chasse à zéro euro a permis de recruter des jeunes mais qui ne chassent pas en battue, préférant la chasse individuelle. À la FDSEA, nous avons peur que les chasseurs ne soient bientôt plus en mesure de réguler les populations.

Pour la campagne 2018-2019, les chiffres font état de 14 000 prélèvements relevant du grand gibier dont 7 500 chevreuils, 500 cerfs et 6 000 sangliers. En 2012, lors de la mise en place du deuxième schéma cynégétique, la régulation se basait sur 3 000 sangliers abattus. Aujourd’hui, ce nombre a doublé. Or, je considère qu’on prélève ce qu’il y a et que tant que la courbe des populations prélevées augmente, la régulation n’est pas au rendez-vous. Pour mémoire, en 2006, lors de la mise en place du premier schéma départemental cynégétique sanglier, un objectif de 2 000 animaux prélevés était fixé et les agriculteurs devaient pouvoir cultiver sans clôture. Or, on arrive à 6 000 ! La profession agricole n’est donc pas écoutée... Raphaël Le Méhauté, notre ancien préfet, a joué le jeu en approuvant l’augmentation du prélèvement à 6 000 afin d’ouvrir des possibilités de régulation supplémentaire.

• Qu’attendez-vous du nouveau schéma et quelles sont vos propositions ?

P. G. : Nous souhaitons revenir à une population stabilisée qui se traduirait par un prélèvement annuel de 2 500 à 3 000 sangliers avec des dégâts de maximum 50 000 euros. Cet objectif oblige à prélever dès la campagne de chasse 2019-2020 de 7 à 8 000 animaux. Il va également être nécessaire de diviser par deux la populations de laies.

Nous demandons aussi la suppression des deux bracelets (Sanglier bête noire – SBN – pour les animaux de plus d’un an et Sanglier bête rousse – SBR – pour les moins d’un an) et la mise en place d’un seul bracelet. Aujourd’hui, la catégorie importe peu puisqu’on est en excédent. On doit réguler, on n’a pas besoin de compter.

On préconise la chasse tous les jours, en battue, à l’approche (sans chien) ou encore la chasse silencieuse, le tout dans des règles de sécurité très strictes. Le responsable de territoire doit être au courant de qui chasse, quand et où pour coordonner les différentes actions. Par exemple, il ne faut pas autoriser de chasse d’approche ou de chasse silencieuse les jours de battues.

D’autre part, il faut savoir qu’un président d’ACCA a le pouvoir de déroger à l’arrêté préfectoral et, quand il le fait, c’est souvent pour restreindre la chasse. Aussi, on demande d’ajouter dans l’arrêté préfectoral la mention suivante : « Le plan de gestion doit proscrire les mesures d’initiative fédérale limitant l’exercice de la chasse au sanglier en instaurant des consignes restrictives de tri ». Cette mention existe déjà dans l’Indre.

• Pour vous, quelles sont les limites du projet déposé par la fédération des chasseurs et quels sont les risques qu’il engendrera s’il est maintenu en l’état ?

P. G. : Le projet de la fédération des chasseurs montre que les deux bracelets SBN et SBR seraient conservés et que son objectif est de garder un pool d’animaux important.

On est également inquiet au sujet de la prévention des dégâts car la fédération des chasseurs voudraient que ce soient les agriculteurs qui prennent en charge la protection des cultures. Or, la loi Chasse stipule que « clôturer puis entretenir ne sont certes pas les tâches les plus plaisantes de la gestion des territoires mais ces deux actions sont des contreparties nécessaires à la possibilité de chasser le sanglier sur de grands territoires mis à disposition gracieusement ».

Enfin, on estime que ce projet s’adresse à tous les chasseurs sauf à ceux qui interviennent dans des chasses privées où aucune obligation de prélèvement n’est imposée et dont les dégâts sont supportés par les autres. Or, ce projet risque de favoriser les chasses privées au détriment des chasseurs et de la chasse populaire.


"Les incidences économiques sur les élevages sont trop importantes pour ne pas agir dans le bon sens."

Christian Lafarge, chasseur et ancien président de la fédération des chasseurs de Haute-Vienne, s’insurge contre le projet porté par la fédération qui a comme objectif de réduire la chasse à un seul modèle : celui qui favorise la pullulation des sangliers. Il explique pourquoi avoir différents modèles est important, pour la biodiversité et pour la cohésion entre acteurs de la ruralité. 

• Vous avez mal réagi en découvrant le projet de schéma départemental de gestion cynégétique (SDGC) pour le sanglier. Pourquoi ?

Christian Lafarge : Quand j’ai découvert la nouvelle rédaction du schéma départemental de gestion cynégétique pour le sanglier, ça m’a fait bondir. Le paragraphe relatif au mode de chasse avec rapprocheurs interdit dorénavant les déplacements en véhicule motorisé en cours des rapprochés. Dans beaucoup de secteurs où les populations sont acceptables, on chasse aux chiens courants et on se déplace si nécessaire. Sur mon ACCA, j’applique ce dispositif mis en place lors du dernier SDCG et tous les déplacements sont maîtrisés et jamais dans la confusion. Je rappelle que ce dispositif est parfaitement légal et prévu par l’article L.424-4 du Code de l’environnement (voir ci-contre). Ce mode de chasse est le plus efficace en terme de diminution des densités de sangliers car il permet de prélever des animaux et il a un effet déterminant de dispersion des sangliers qui sont poussés hors du territoire. Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que la plupart des territoires de grande chasse du Nord de la France aux très fortes densités de sangliers interdisent l’utilisation des chiens courants…

Le paragraphe autorisant ce mode de chasse a été supprimé (voir encadré) sous prétexte qu‘il donnait une mauvaise image de la chasse. Peut-être que certains abusent mais on ne peut pas pénaliser 80 % de chasseurs parce que 10 à 20 % exagèrent !

On a l’impression que la nouvelle écriture est faite uniquement pour sanctionner alors que le rôle de la fédération est de fédérer et d’éduquer. Si l’on veut qu’une mesure soit respectée, il lui faut un exutoire. L’ancien texte voulait faire ça d’autant qu’il s’appuie sur le Code de l’environnement.

Le déplacement en véhicule à moteur n’est pas un problème car il n’est pas générateur d’accidents de chasse. Quant à l’image de la chasse qui serait entachée par ces déplacements, je crois que le chasseur qui a tué un VTTiste a fait un dégât autrement considérable et ne sert d’argument qu’à ceux qui veulent tuer la chasse aux chiens courants. S’il y a des excès (et il y en a), il faut les combattre, mais la majorité des chasseurs respectueux ne doivent pas payer pour une minorité qui ne le serait pas.

• Existe-t-il de réelles différences de résultats entre les modes de chasse ?

C. L. : Si l’on fait une évaluation des différents modes de chasse depuis la mise en place du premier schéma départemental de gestion cynégétique en 2006, on constate que celui que la fédération préconise aujourd’hui a favorisé le développement des fortes densités de populations de sangliers. Ceci est très important à prendre en considération. Car là où il y a surdensité d’animaux, on n’arrive pas à réduire les populations. C’est juste ce mode de chasse qui crée des densités. Or, le projet actuel va dans ce sens.

L’utilisation de la méthode que je préconise permet de maintenir une densité correcte qui satisfait tout le monde. Il y a de plus plaisir à l’acte de chasse aussi bien pour les chiens que pour les chasseurs. On ne fait pas de ball-trap sur le gibier. On ne veut pas ressembler aux territoires du Nord de la France.

• Si le projet n’est pas amendé, quels sont les risques encourus ?

C. L. : La gestion du sanglier représente de gros enjeux économiques. Dans les zones à fortes densités, un important risque de développement de la peste porcine africaine existe. C’est le cas dans le Nord de la France où les densités sont élevées et où il y a de forts risques de propagation de cette maladie à vitesse grand V. D’où l’intérêt de réguler rapidement les populations là où le problème se pose, même chez nous. J’attends du monde agricole qu’il m’aide sur ce dossier car ce que fait le président de la fédération des chasseurs est très grave. Plus les densités de sangliers seront fortes, plus ces populations présenteront des risques de devenir réservoirs de maladies (peste porcine africaine, tuberculose, brucellose…). Les incidences économiques sur les élevages sont trop importantes pour ne pas agir dans le bon sens.

• Vous défendez donc âprement le maintien de différents modes de chasse ?

C. L. : Oui. La chasse aux chiens courants est ancrée dans la culture cynégétique de ce département. On ne peut pas le nier. On ne peut pas tenter de la supprimer. On doit maintenir la notion de recherche qui donne tout son sens à cet art.

Or, le projet actuel préconise le contraire.

Aussi, je redemande la même écriture de ce qui avait été écrit et que la fédération en fasse la pédagogie. Chaque territoire doit pouvoir faire son choix selon sa topographie, ses caractéristiques et sa culture. Je refuse qu’on impose un seul modèle de chasse sur l’ensemble du département.

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