L’état des terres ausculté par le Giec

L’état des terres ausculté par le Giec

Publié le 28/09/2019

Ruralite >

Environnement. Les ministres de l’agriculture de l’UE vont se pencher sur la question des terres, après la parution cet été d’un rapport du Giec mettant en évidence les interactions entre l’état des terres de la planète et le climat.

Le Conseil de l’Union européenne, instance qui réunit les ministres des différents pays, est présidé de façon tournante. Jusqu’au 31 décembre, la présidence est assurée par la Finlande. Six réunions informelles des ministres se tiendront donc à Helsinki durant cette présidence.

Le premier sujet retenu est un sujet qui concerne directement l’agriculture : du 22 au 24 septembre, les ministres de l’agriculture des États membres de l’UE se réuniront afin de discuter du rôle de la séquestration du carbone dans les sols dans les mesures climatiques. « La tâche centrale de l’agriculture est de produire des aliments nutritifs de manière durable. Toutefois, la politique agricole est également utilisée depuis longtemps pour lutter contre le changement climatique et relever les défis environnementaux. Les agriculteurs jouent un rôle actif dans la lutte contre les changements climatiques, c’est pourquoi nous voulons encourager le débat sur les opportunités créées par la séquestration du carbone », a déclaré Jari Leppä, ministre de l’Agriculture et des Forêts, qui présidera la réunion.

Infographie parue dans le fascicule Mieux comprendre le GIEC, édité par le ministère de la Transition écologique et solidaire.

Les discussions s’appuieront notamment sur un rapport du Giec rendu public en début d’été et intitulé « sur le changement climatique, l’utilisation des terres et la sécurité alimentaire ». Ce document de 1 200 pages a déjà fait couler beaucoup d’encre, certains l’ayant résumé à un appel du Giec à convertir l’humanité au végétarisme alors que la question des régimes alimentaires est loin d’être la préoccupation principale. À aucun moment le végétarisme n’est présenté comme une solution miracle aux problèmes posés par le réchauffement climatique. Au contraire, le rapport estime que les systèmes d’élevage peuvent contribuer à la séquestration de carbone dans le sol à condition d’améliorer « la gestion des pâturages, d’augmenter les productions primaires et les stocks de carbone dans le sol, d’améliorer la gestion du fumier et la qualité des aliments pour animaux ».

Les bioénergies

Une fois de plus, il n’existe pas de réponses simples à des questions complexes, d’autant que le rapport tente de dresser un panorama mondial de la situation des terres exploitées par l’Homme. (Le rapport estime qu’environ « 38 % de la superficie terrestre a été convertie en agriculture » et 70 % est sous l’emprise d’activités humaines.)

Autre exemple de complexité, pointée par Jean-François Soussana, directeur de recherche, vice-président de l’Inra en charge de la politique internationale : « Le rapport montre que le potentiel des bioénergies avec capture du CO2 et stockage géologique du carbone (BECCS) est considérable pour limiter l’effet de serre, mais il relativise aussi ce potentiel car l’extension de cultures énergétiques sur des millions de km2 consommerait des terres au détriment de la sécurité alimentaire et de la biodiversité. Cette famille de technologies repose en effet sur la combustion de biomasse et sur la capture du CO2 émis afin de le liquéfier et de l’injecter dans des réservoirs géologiques imperméables. Décrite comme une solution pour atteindre l’objectif ”1,5 °C” dans le cas où les émissions de GES (Gaz à effet de serre) ne pourraient être réduites suffisamment rapidement dans l’ensemble des secteurs, cette technologie n’apparaît donc pas comme une solution miracle qui nous dispenserait de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. »

Épuisement des terres

Intervenant devant un parterre de scientifiques, jeudi 12 septembre, à AgroParisTech, pour une journée thématique consacrée à ce rapport, Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, l’a résumé ainsi : « 107 experts de 52 pays et un constat, implacable : nous épuisons les terres. » Dans les causes d’épuisement, elle a pointé « le développement de nos sociétés qui se nourrit depuis trop longtemps d’étalement, de consommation croissante, de surexploitation, de déforestation. Chacun a en tête ces zones d’activités, ces centres commerciaux, ces lotissements, qui s’étendent sur des terres agricoles qui disparaissent. Chacun a aussi à l’esprit la forêt amazonienne, notre bien commun, en flammes, qui nous rappelle dramatiquement cette réalité ».

La ministre est également revenue sur le rôle que devront jouer les agriculteurs dans la transition écologique. « En matière de stockage du carbone dans les sols : l’agriculture constitue une des solutions pour capturer une part des émissions de carbone, et ainsi atteindre l’objectif de neutralité en 2050 que nous venons d’inscrire dans la loi énergie-climat. Le label bas-carbone constitue l’un des outils pour cela et intègrera prochainement des pratiques d’élevage et de grandes cultures. Ces changements de pratiques nécessitent bien sûr d’être accompagnés et c’est pourquoi je souhaite que la nouvelle Politique agricole commune post-2020 permette de mieux rémunérer les pratiques agricoles durables. »

La ministre veut que l’agriculture française soit avant tout exemplaire, « la France ne représentant que 0,4 % des terres émergées ».

Une évaluation difficile

Dans le rapport du Giec, les scientifiques reconnaissent qu’évaluer les terres dégradées à l’échelle mondiale est difficile : « Il n’existe pas de cartes mondiales fiables de l’ampleur et de la gravité de la dégradation des terres. (...) Les raisons sont à la fois conceptuelles, c’est-à-dire comment la dégradation des terres est définie, en utilisant quelle base de référence ou sur quelle période de temps, et méthodologiques, c’est-à-dire comment elle peut être mesurée. Bien qu’il y ait un fort consensus sur le fait que la dégradation des terres est une réduction de la productivité des terres ou des sols, les opinions divergent quant aux échelles spatiales et temporelles auxquelles la dégradation des terres se produit, et quant à la façon de la quantifier et de la cartographier. »

Un cercle vicieux

Les scientifiques assurent cependant que le réchauffement et les dérèglements climatiques accentuent encore les processus de dégradation des terres déjà en cours (avec l’augmentation des inondations, de la fréquence et de la gravité des sécheresses, de la puissance des cyclones, et la montée du niveau de la mer), et plus les terres sont dégradées, plus elles alimentent le réchauffement climatique...

Le pastoralisme (qui n’est pas remis en cause dans le rapport et qui est pratiqué dans plus de 75 % des pays et par 200 à 500 millions de personnes dans le monde) est d’ores et déjà touché par les changements climatiques. Le rapport constate « une diminution de la productivité des pâturages et des animaux, la détérioration de la fonction reproductive et la perte de biodiversité. La vulnérabilité du système pastoral est en outre exacerbée par des facteurs non climatiques (régime foncier, sédentarisation, espèces envahissantes, manque de marchés et zones de conflits armés ».

Toutes ces problématiques sont longuement détaillées dans le rapport du Giec. En ce qui concerne l’alimentation humaine proprement dite, le rapport note qu’il ne s’agit pas « de manger moins de viande pour tout le monde, mais d’adopter des pratiques d’approvisionnement et de consommation durables dans un large éventail de systèmes alimentaires ».

S’il est préconisé de réduire de plus de « 50 % la consommation mondiale d’aliments moins sains comme les sucres ajoutés et la viande rouge (c’est-à-dire principalement en réduisant la consommation excessive des pays les plus riches) » le rapport souligne que « certaines populations dans le monde dépendent de moyens de subsistance agropastoraux et des protéines animales provenant de leur bétail ».

Le rapport relate encore que « si plus de 800 millions de personnes — soit plus d’une personne sur dix dans le monde —souffrent de dénutrition, un tiers de toute la nourriture produite est gaspillée. Les niveaux de surpoids et d’obésité continuent d’augmenter, touchant maintenant plus de 2 milliards d’enfants et d’adultes ».

Stéphane Monnet

Hors-Série

Hors-serie

Je commande le hors-série spécial championnat de tonte de moutons

Annonces légales

Deposer une annonce légale

Déposez une annonce légale dans le journal Union & Territoires

Éditions papier

Voir l'édition papier Consultez les archives de L'Union Agricole

Se connecter

Abonnement

Abonnez-vous

Et accédez dès à présent à nos services exclusifs

Je m'abonne au journal l'Union Agricole

Déjà abonné au journal l'Union Agricole

Saisissez votre numéro d'abonné ci-dessous

Déjà abonné

Déjà abonné au journal l'Union Agricole

Saisissez votre numéro d'abonné ci-dessous

Météo du Limousin

La météo Limoges Bellac Rochechouart Brive-La-Gaillarde Tulle Ussel Égletons Uzerche Guéret La Souterraine Bourganeuf Chambon-Sur-Voueize La Courtine
pluie modérée

13°

Limoges

Cotations

Jeunes bovins

Carcasses de veaux de boucherie
Elevé au pis rosé clair u

s.50 : 6,53 €/kg Augmentation

s.49 : 6,42 €/kg

Jeunes bovins

Bovins limousins à engraisser
Mâle u 300kg

s.50 : 2,65 €/kg Identique

s.49 : 2,65 €/kg

Jeunes bovins

Cotations gros bovins entrée abattoir
Vaches

s.50 : 4,60 €/kg

s.49 : €/kg

Ovins

Agneaux de boucherie
Prix moyen pondéré des agneaux

s.50 : 6,49 €/kg Augmentation

s.49 : 6.47 €/kg

Cotations complètes
- Service abonnés -