Notre passé

Lionel Robin

« C'est que c'était mieux avant !  » De quoi parle-t-on quand on glorifie le passé ? Tout un chacun s'accapare un passé qui lui est propre et que les souvenirs magnifient. Mais ce passé magnifique, qu'est-ce que c'est en réalité ? Trop souvent des images d'Épinal. Aujourd'hui, presque tous les candidats à la présidentielle se réclament d'une histoire, de notre histoire disent-ils. En agriculture, on connaît bien ça. Les gens, en particulier ceux qui ne connaissent pas grand-chose au monde agricole, ont une idée de ce qu'était l'agriculture du temps jadis : un monde tout beau tout rose, où les paysans vivaient heureux dans de magnifiques paysages avec de gentils animaux, cette belle image d'Épinal où la fermière ressemble à Heidi en train de traire sa chèvre entourée de belles fleurs colorées. Ouais... Si on lit les récits de l'époque, si on écoute de très vieux paysans, c'était surtout un monde rude, difficile, où femmes et hommes se tuaient à la tâche. À propos de tués, c'est sympa de se balader dans tous les villages de France et d'aller jeter un œil sur les monuments aux morts : joli XXe siècle et sa litanie de morts au cours de trois guerres, deux mondiales ô combien meurtrières, et une en Algérie traumatisante des deux côtés de la Méditerranée. C'est sûr, c'était mieux avant. Comme pour ceux qui s'opposent aux vaccins. Avant leur invention et leur avènement, c'était tellement sympa d'être sûr d'enterrer un enfant sur deux avant ses cinq ans. N'oublions pas le monde des ouvriers. C'était tellement cool de travailler dix heures par jour dans des usines, des mines, 6 jours sur sept, d'avoir une espérance de vie qui flirtait avec les 60 ans pour gagner une misère... Oh, c'est sûr, le monde d'avant c'était tellement beau. Et on ne parle même pas du Moyen-Âge, de l'Antiquité... En fait, se réclamer du passé, c'est trop souvent manquer d'idée pour l'avenir.

Dans la même thématique

Samedi 12 mars, le comice agricole réinvestissait le champ de foire de Magnac-Laval après deux ans de pause. 130 animaux étaient en concours.
Un concours de très bonne facture
Nicolas Coudert, éleveur installé à Bourdelas sur la commune de Séreilhac nouvellement élu président de la CDAAS, évoque les grands chantiers qui attendent son équipe.
Une équipe pour relever les enjeux

Les dossiers