Economie

Poker menteur et impact covid

France
Gilles Gauthier, président de la Fedev
Le président de la Fédération des métiers de la viande, Gilles Gauthier, dresse l'état des lieux des marchés de bovins, en France et à l'export. Une clé pour comprendre les prix actuels.

Dans quel état se trouve actuellement le marché de la viande bovine ?

Gilles Gauthier, président de la Fedev (Fédération des métiers de la viande) : aujourd'hui, nous constatons deux choses distinctes sur ce marché. Premièrement, pour tous les abatteurs qui font du traditionnel et du steak haché, en frais ou surgelé, l'année va être assez correcte. En effet, le confinement du printemps a remis au goût du jour les circuits courts, ce qui signifie pour nous les boucheries mais aussi les petits magasins de centre-ville ou de bourg de type supérette ou petit supermarché. Dans ce cadre, tout le monde a bien joué le jeu pour offrir un bon débouché. La grande distribution a également écoulé de grosses quantités de steak haché, en frais comme en surgelé.

En revanche, et c'est le deuxième constat, pour tous ceux qui travaillent avec la restauration hors domicile, la restauration collective, c'est une sale voire la pire année de cette dernière décennie. Avec beaucoup de souffrance pour ces entreprises, ça tombe comme à Gravelotte. Pour certains, le deuxième confinement actuel sera le coup de grâce. Ce n'est pas une critique du confinement, c'est juste un constat : l'impact sera très douloureux. Un constat qui s'applique aux autres viandes comme le veau et l'agneau.

Pourquoi la situation des animaux finis, comme les taurillons, est particulière ? Y a-t-il surproduction ?

G. G. : Il y a eu en effet une surproduction de jeunes bovins finis. Mais aujourd'hui, le stock baisse assez régulièrement. Il faut bien prendre conscience que cette production se commercialise très peu au niveau national. Les débouchés sont essentiellement vers l'Italie et la Grèce. Des pays qui ont été fortement impactés par la Covid. Prenons l'exemple de la Grèce : la fréquentation estivale touristique a été catastrophique, ce qui impacte très fortement les bons de commande en JB de ce pays. C'est finalement un processus assez simple : moins de commandes, moins de départs, plus de stocks, des prix en baisse. Je ne pense pas que le jeu de la concurrence européenne soit si important. il faut éviter l'amalgame entre l'exportation des broutards vers certains pays qui ne sont pas en adéquation avec le marché des jeunes bovins finis. Au mieux, ces broutards finis ailleurs n'impacteront le marché du jeune bovin qu'en 2021. Certains acteurs ont intérêt à entretenir la confusion. Il faut bien faire la différence entre les animaux finis et ceux qui partent à l'engraissement.

Quelles sont les solutions pour améliorer les prix payés aux producteurs qui estiment que ces prix sont trop bas ?

G. G. :  C'est vrai que ces prix sont très bas et les naisseurs ont raison de s'en plaindre. Les marchands invoquent l'absence de l'Italie ou de l'Espagne. Je peux vous assurer que si les Italiens n'avaient pas nos broutards, ils seraient dans la panade. Les Italiens continuent d'acheter en France. La baisse est artificielle et la Covid a bon dos. Il y a une espèce de poker menteur entre les importateurs italiens et les exportateurs français.

Pour les jeunes bovins finis, les prix ne sont pas là. Pendant le premier confinement nous avons créé du stock, notamment en charolais. Les stocks qui ont été constitués cet été ont entraîné une chute des prix. En revanche, plus on avance, plus les abattages se poursuivent un peu plus en France, plus on résorbe les stocks. Mais, pour l'instant, sans effet sur une reprise des cours. Si on continue dans ce sens, ça devrait remonter.

Quelles sont les perspectives d'avenir pour ces marchés ?

G. G. : Si nous arrivons à maîtriser la crise sanitaire, si ce confinement est le dernier, tout reprendra normalement : la distribution repartira, le retour des exportations, y compris vers la Chine qui les a arrêtés, avec une production moindre de jeunes bovins... On pourra revaloriser les prix parce que les abattoirs retrouveront de la souplesse, notamment dans l'équilibre matière, parce qu'il faut le rappeler, il n'y a pas que du steak haché dans le bovin. Et dès que la restauration hors domicile pourra reprendre, ça ira nettement mieux. Mais tout cela est très dépendant de la maîtrise de la crise sanitaire. Du coup, mieux nous respecterons les mesures sanitaires en vigueur, plus vite nous en sortirons.

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