Agriculture

Des nuages sous le soleil

Haute-Vienne
Marc Bourry et Xavier Legaut
Marc Bourry est éleveur et conseiller municipal, à Saint-Martin-le-Mault. Comme d'autres agriculteurs du secteur, il se pose des questions sur le projet agro-solaire du Couret.

C'est un bocage assez classique qui dessine le paysage du nord de la Haute-Vienne, aux confins de l'Indre et de la Vienne toutes proches. Les parcelles agricoles sont bordées de haies. C'est là, entre les communes de Saint-Martin-le-Mault, Lussac-les-Églises, Saint-Léger-Magnazeix, qu'est pressentie l'installation du projet de parc photovoltaïque du Couret. Marc Bourry et un autre éleveur du secteur le martèlent avec conviction : « Nous ne sommes a priori pas opposés au photovoltaïque au sol mais il faut que la valeur ajoutée aille aux éleveurs. » Outre son métier d'agriculteur, Marc Bourry est également conseiller municipal de Saint-Martin-le-Mault.

Alors, pourquoi ce projet de parc photovoltaïque du Couret suscite leurs interrogations ? Ce projet est porté par le producteur d'énergie renouvelable Neoen qui restera propriétaire des centrales solaires proprement dites. Cette société a délimité une aire potentiellement intéressante sur le territoire de la Communauté de communes du Haut-Limousin en Marche et, au final, les 157 hectares retenus appartiennent au même propriétaire. C'est donc lui qui recevra la redevance issue du prix de vente de l'électricité produite. Sous ces panneaux, le projet prévoit l'exploitation de l'herbe par un éleveur d'ovins qui sera rétribué pour effectuer ce nettoyage.

De bonnes terres

Le premier point qui pose question à Marc Bourry et d'autres agriculteurs du secteur est le choix des parcelles. « Nous, agriculteurs d'ici, nous connaissons les bonnes et les mauvaises terres, leur potentiel agronomique. Là, par exemple sur Saint-Martin-le-Mault, confie Marc Bourry, 60 hectares sont concernés pour 3 parcelles qui sont drainées, avec des sols profonds. » Et il affiche son incompréhension, chiffres à l'appui : « Ce sont des terres où on peut produire de 8 à 16 tonnes de matière sèche (herbe ou autres) quand nous avons des terres sur la commune où on arrivera péniblement à 4,5 ou 5 tonnes de MS. » Un autre éleveur confirme ces choix de terres plutôt riches, ajoutant, « c'est en plus un grand parcellaire plus facile à travailler ».

L'autre gros point de ce projet qui attire les préventions de Marc Bourry est le modèle agricole retenu. D'autant que les agriculteurs de ce secteur du nord de la Haute-Vienne se souviennent que le propriétaire est un investisseur qui a acheté il y a 25 ans des exploitations, souvent ovines, empêchant ainsi des installations. D'accord, le projet prévoit l'installation d'un éleveur avec, en prime, la formation d'apprentis. Mais Marc Bourry le résume différemment : « C'est un investisseur qui veut rentabiliser grâce aux panneaux photovoltaïques et qui est allé voir la Chambre d'agriculture pour se faire financer. Or, les retombées financières seront pour ce gros propriétaire. On ne peut pas cautionner ça. »

Marc Bourry et les éleveurs concernés espèrent pouvoir échanger avec tous les acteurs du projet, notamment la société Neoen, pour privilégier des solutions permettant au plus grand nombre de profiter de ces panneaux photovoltaïques. « Plutôt qu'un seul troupeau de 650 ou 700 brebis, il vaut mieux en avoir plusieurs de 300 à 600 têtes. Là, on peut dynamiser la filière », conclut Marc Bourry.

Pour aller plus loin et prouver son intérêt pour le photovoltaïque au sol, l'éleveur appelle de ses vœux l'écriture par les professionnels d'une charte sur le photovoltaïque au sol.

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