Agriculture

Le cul noir, race ancienne en devenir

Haute-Vienne
Les culs noirs du Limousin profitent de parcours enherbés.
Après avoir failli disparaître, la race de porcs cul noir limousin trouve petit à petit sa place dans l'agriculture haut-viennoise et dans les départements limitrophes.

La nuit est venue, avec elle, une certaine protection. Deux hommes guident à travers bois trois cochons, silencieusement pour ne pas éveiller les soupçons. Ils évitent les routes car l'affaire est d'importance : ils ont décidé de résister à la froide administration. Un trafic ? Oui. Illégal ? Encore oui. Ces hommes sauvent leurs verrats, des verrats rares qui sont aussi leur gagne-pain : tous les deux sont verratiers. Et ils ne sauvent pas n'importe quel verrat puisqu'il s'agit des trois derniers de la race cul noir limousin. Et ces trois-là étaient promis à la mort sans descendance parce que la loi agricole de 1966 avait sonné le glas de races locales porcines peu prolifiques et à la fin des années 70, il ne reste qu'une cinquantaine d'individus. Surtout, les verratiers ne sont plus autorisés à exercer avec cette souche. Il faut l'acte de résistance de Raymond Roques et de son collègue pour dissimuler les derniers verrats et sauvegarder, dans la clandestinité, la race cul noir limousin.

À l'époque, on ne parlait pas de biodiversité, pourtant, il s'agit bien de ça. Quelques années plus tard après cet acte de résistance, ça y est, l'État prend conscience qu'un patrimoine doit être préservé et un recensement des races locales est effectué. Comme d'autres, le cul noir limousin est sauvé. Enfin presque, il va falloir l'acharnement de quelques éleveurs pour réellement redynamiser une race en déliquescence. Au début des années 80, il ne reste que ces trois verrats et une petite cinquantaine de truies. Aujourd'hui, une trentaine d'élevages comptabilisent un peu plus de 200 truies et une trentaine de verrats, répartis sur cinq départements, à savoir les trois limousins (Haute-Vienne, Creuse et Corrèze) et deux limitrophes, la Dordogne et la Charente.

Les éleveurs actuels se répartissent en trois catégories. Les éleveurs conservateurs sont ceux qui ont toujours eu quelques bêtes chez eux, soit pour leur consommation personnelle, soit pour commercialiser en petit nombre à proximité de leur ferme. Ils sont très importants parce qu'ils ont maintenu une diversité génétique essentielle. La deuxième catégorie regroupe les éleveurs transformateurs dont les cheptels sont relativement petits, adaptés à leur activité de transformation et de vente directe. Enfin, une dizaine d'éleveurs se sont regroupés pour créer une coopérative, L'Écusson noir, qui transforme et commercialise le porc cul noir limousin. La coopérative représente le plus gros volume, soit 70 % de la production. En une dizaine d'années d'existence, L'Écusson noir est passé de 72 porcs charcutiers à une moyenne de 500 à 550 ces quatre dernières années. Avec un objectif de 700 pour cette année.

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