Agriculture

Une alternative multicasquettes

Haute-Vienne
Gérard et Chantal Renou devant un champ de miscanthus prêt à être récolté.
Si son implantation est coûteuse, son retour sur investissement ne fait pas de doute. Le miscanthus mêle intérêts et limites à prendre en compte avant de se lancer.

Avec les années de sécheresse qui se succèdent et les difficultés pour les éleveurs de trouver de la paille à des prix abordables, des alternatives voient le jour. Parmi elles, le miscanthus, une poacée originaire d'Asie, suscite un engouement certain. En Haute-Vienne, des essais fleurissent. Le premier à l'avoir testé sur le département est Gérard Renou, dont l'épouse Chantal est aujourd'hui gérante de l'EARL de La Luzernières, à Lessines, sur la commune de Couzeix.

Un challenge

« J'ai découvert le miscanthus en 2012, en Bretagne, grâce à un cousin adhérant à une coopérative qui développait ce type de culture afin de disposer de combustible pour déshydrater de la luzerne. Cette plante m'a intéressée, je me suis rapproché de Novabiom, une société spécialisée dans son développement, j'ai acheté quelques rhizomes, de quoi l'implanter sur 0,5 ha », indique Gérard Renou. « Le sac m'a coûté 1 600 euros hors taxe, plus 200 euros de transport. J'ai choisi d'implanter les rhizomes de manière assez dense et je n'ai couvert que 0,4 ha. Depuis, j'ai développé cette culture sur d'autres parcelles et elle occupe aujourd'hui entre 12 et 13 ha. Pour moi, c'est un challenge qui court sur du long terme », ajoute-t-il. Une culture de miscanthus a en effet une durée de vie de plus de 20 ans.

Comment l'implanter ?

La plantation du miscanthus doit se faire sur un sol portant, bien pourvu en matière organique - car après « on ne revient pas » - et après un labour. « La première année, on plante d'avril à juin, de préférence assez en profondeur car les rhizomes craignent le soleil, et on passe le rouleau. L'hiver suivant, on peut broyer la culture, mais ce n'est pas obligé. J'insiste sur l'importance de choisir une bonne terre dès le départ et de ne pas minimiser le nombre de rhizomes par hectare pour avoir, à terme, une densité intéressante », précise Gérard Renou.

Pour installer la culture, si le projet est important, Novabiom peut fournir le matériel. « Ici, notre projet étant progressif, nous avons planté les rhizomes à l'aide d'une planteuse à pommes de terre que nous avons adaptée. Ça marche bien mais en revanche nous ne pouvons pas désinfecter le sol en même temps, notamment contre le taupin », remarque-t-il.

Une fois en place, le miscanthus nécessite peu d'entretien. « La production s'amorce en deuxième année. On peut récolter ou bien laisser en place jusqu'à l'année suivante, ce n'est pas grave. La première récolte se fera en troisième année. Ensuite, la production va monter en puissance et on table sur un rendement de 13-14 tonnes de matière sèche par hectare, ce qui est plutôt bien », poursuit-il. La récolte se fera toujours au 15 avril en moyenne.

Récolte et stockage

La récolte se fait à l'aide de l'ensileuse de maïs, en brins coupés de 10 à 30 mm. Elle a lieu en début de campagne, avant les premiers ensilages d'herbe et du coup, « c'est bien car l'ensileuse est libre », note Chantal Renou.

« Le produit récolté doit être sec. Une demi-journée de soleil suffit pour avoir un taux d'humidité de 15 % maximum », ajoute Gérard Renou. Ensuite, il est stocké à l'air libre, sous un hangar. « On doit le manipuler avec un télescopique. Le miscanthus est un produit qui se dépose, on ne peut pas le tasser », précise-t-il. Le miscanthus, qui est stocké dès le mois d'avril pour servir entre autres de paillage aux animaux l'hiver, va par conséquent prendre de la place.

Des utilisations agricoles mais pas seulement

Le miscanthus est une source de biomasse dont les usages sont multiples. « On peut l'utiliser un peu dans la ration des bovins, car il assure, comme la paille ou le foin, une bonne rumination. On l'utilise aussi comme paillage », indique Gérard Renou. Au départ, quand le rendement de la culture est bas, il préconise de miser sur une sous-couche de 20 cm environ. Ensuite, si la marchandise disponible le permet, le miscanthus pourra remplacer la paille. « Le paillage est réalisé à l'aide d'une pailleuse ou d'une mélangeuse. Si les animaux peuvent être déplacés au cours de la saison hivernale, et si le bâtiment le permet, la litière peut être aérée à l'aide d'un vibroculteur de temps en temps pour une meilleure efficacité », indiquent Gérard et Chantal Renou.

Le pouvoir absorbant du miscanthus est bien réel : « On gère les points sensibles d'humidité en stabulation, notamment autour des abreuvoirs. On a remarqué également que le fumier sous miscanthus monte régulièrement au cours de l'hiver ; il n'y a pas de bosses. »

Un bémol est cependant à apporter. « Ce produit fait beaucoup de poussière qui est très agressive. J'ai donc mis en place un système pour le dépoussiérer à l'aide d'une soufflerie. C'est absolument nécessaire quand on ne fait la litière qu'avec le miscanthus », constate Gérard Renou.

À Lessines, Gérard et Chantal Renou l'utilisent à bien d'autres escients. Ils en vendent une partie à des éleveurs, dont un qui produit des veaux de lait sous la mère, mais aussi à la Ville de Limoges pour le paillage des espaces verts. Quelques particuliers se fournissent aussi chez eux pour le jardin ou pour la litière des chats. Quant à eux, ils ont installé une chaudière qui ne fonctionne qu'avec ça. Depuis 2012 et le premier demi-hectare, cette plante aux multiples vertus a donc su trouver sa place au sein de cette exploitation.

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