Agriculture

Une si longue année

Haute-Vienne
Patrick Bourrat, président du comité départemental Haute-Vienne de la MSA du Limousin
Le président du comité départemental Haute-Vienne de la MSA du Limousin, Patrick Bourrat, revient sur 2020, une année élective largement perturbée par la Covid-19.

Patrick Bourrat, vous présidez le comité départemental Haute-Vienne de la MSA du Limousin. Quel bilan faites-vous de 2020 ?

Patrick Bourrat : Tout d'abord, je tiens à présenter mes vœux en ce début d'année à l'ensemble de nos ressortissants, non-salariés et salariés, en souhaitant une meilleure année 2021 que 2020, avec notamment un retour à une vie normale le plus rapidement possible.

Pour la MSA, 2020 était une année élective qui aura au final été très chamboulée. Si l'élection des délégués cantonaux a pu avoir lieu normalement en janvier, le reste ne s'est pas déroulé comme prévu. En effet, l'assemblée générale élective aurait dû avoir lieu le 17 mars, soit le premier jour du premier confinement. Du coup, le vote de cette AG s'est fait par voie postale. Malgré tout, l'installation du nouveau conseil d'administration de la MSA du Limousin n'a pu se faire qu'en septembre. Et, sur nos territoires, l'élection des échelons locaux s'est tenue en octobre. Compte tenu de notre organisation propre à la MSA du Limousin (voir ci-dessous), la cooptation des conseillers membres du comité départemental s'est faite en novembre. Ce n'est qu'à partir de là que nous avons été prêts à fonctionner avec un premier comité départemental qui s'est tenu début décembre. Évidemment en visioconférence. En revanche, le premier conseil d'administration de la MSA du Limousin, en septembre, a pu avoir lieu en présentiel dans le respect des gestes barrière et de la distanciation sociale. Du coup, notre processus organisationnel a été beaucoup plus long que d'habitude puisque normalement, il aurait dû s'achever fin mai début juin.

Ce processus est long, et on peut le trouver trop long, mais en fait il est très sécurisé et, surtout, il valorise ce que nous prônons : la démocratie sociale. Notre président de la caisse centrale, Pascal Cormery, est d'abord élu sur son territoire, puis administrateur avant d'être élu au niveau national. Pour nous, la MSA est un exemple de démocratie.

Si l'année 2020 a été une année élective pour la MSA, elle a aussi été marquée par la Covid-19 et ses conséquences ?

P. B. : Oui, et ça a eu un impact sur notre fonctionnement. À partir de la fin février, quasiment toutes nos réunions ont été organisées en visioconférence. Dès le début du premier confinement, 95 % des salariés sont passés en télétravail ou travail à distance. Et nous avons pu assurer nos missions. Et parmi ces missions, il y a celles qui me tiennent à cœur et qui sont menées par notre service d'action sanitaire et sociale. Les membres de ce service ont réalisé durant cette période de nombreux appels sortants pour accompagner nos adhérents en grande précarité. Nous avons malheureusement constaté une augmentation significative de situations à risques suicidaires, avec 21 cas identifiés, en majorité des exploitants agricoles. Dans ces périodes compliquées que nous venons de traverser, garder le contact est très important. Ces liens sont nécessaires, en particulier dans ces cas de risques avancés.

Durant les périodes de confinement, nous sommes passés de 2 600 appels hebdomadaires à 5 000, c'est énorme. Toute l'équipe de salariés de la MSA s'est mobilisée pour répondre dans les meilleurs délais aux messages laissés sur notre répondeur et pour prendre des rendez-vous téléphoniques.

Comment la MSA s'est organisée pour soutenir les professionnels impactés par la Covid-19 ?

P. B. : Ce sont d'abord des mesures nationales qui ont été mises en place, comme la suspension des prélèvements ou encore la prise en charge des cotisations par les caisses. Surtout pour les secteurs les plus touchés comme les centres équestres, les fermes pédagogiques, l'agrotourisme ou encore l'horticulture. Tout ceci s'est fait en accord avec les syndicats et nos partenaires, notamment la DDT et la Chambre d'agriculture. Nous nous sommes efforcés d'aider au mieux les gens les plus touchés par la Covid. Pour la Haute-Vienne, nous avons ainsi pu toucher une première enveloppe d'un montant de 167 540 euros pour 116 dossiers suivie d'une seconde enveloppe de 146 200 euros pour 165 dossiers. Nous avons proposé des échéanciers à des cotisants débiteurs en les appelant directement en cette fin d'année. Pour le Limousin, ce ne sont pas moins de 881 appels qui sont autant de possibilités d'informer ces gens en difficulté sur les solutions pour y faire face. Et nous avons maintenu notre opération partenariale avec la Chambre d'agriculture de Haute-Vienne Agriaccompagnement.

Au-delà des professionnels, la caisse du Limousin a versé 450 000 euros d'aides exceptionnelles pour permettre à nos adhérents de faire face aux difficultés. C'était le cas pour les bénéficiaires de l'AAH (Allocation adulte handicapé), une aide à la culture pour chaque enfant dans les familles, pour les jeunes de 18 à 21 ans, y compris pour les étudiants...

Je veux aussi souligner le lancement de l'opération "MSA Solidaire, nos valeurs en action" qui a vu le jour au moment du premier confinement, relancé lors du second. Ça s'est traduit, par exemple chez nous, par la fabrication de masques, la confection de paniers repas donnés à des associations caritatives, en particulier avec des denrées périssables.

Comment s'annonce 2021 ?

P. B. : La MSA du Limousin et le comité départemental Haute-Vienne vont poursuivre le développement de nos actions en nous appuyant sur les échelons locaux. En particulier, pour être en capacité de détecter le plus tôt possible les personnes qui vont mal. Je me répète mais ce sujet me tient à cœur et la MSA doit être le réseau sentinelle, en particulier dans la surveillance des risques suicidaires. Garder un lien est essentiel. On le voit, et à titre personnel je l'ai ressenti, la Covid a eu un impact fort dans le fait de ne plus voir les gens, de ne pas pouvoir échanger avec d'autres personnes. Les rapports avec les autres ont été fortement perturbés par la pandémie. Il va falloir veiller à recréer du lien.

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