Transports

Le pont bow-string du Dognon

Saint-Laurent-les-Églises
Photo archive du Dognon. 1950
La partie du pont du Dognon d'ynamitée par la résistance en 1943.
Les élus des communes du secteur et le président du Conseil départemental en visite sur le pont du Dognon.
Le pont du Dognon remis à neuf par le Conseil départemental.
À l'aval du pont du Dognon, les restes de l'ancien pont.
Le pont du Dognon, construit quand le barrage de Saint-Marc sur le Taurion a été mis en eau.
Jean-Claude Leblois, président du Conseil départemental, a proposé que des panneaux expliquant l'histoire du pont soient installés.
Construit en 1929 pour le compte de la Société des forces motrices de la Vienne (SFMV), le pont du Dognon est labellisé Patrimoine du XXe siècle depuis 2002.

Il y a sans doute de l'argent suisse dans le pont du Dognon. Sa construction est liée à l'aménagement de la Vienne et l'un de ses affluents, le Taurion, pour produire de l'électricité. On est dans l'entre-deux-guerres et cette activité a le vent en poupe. La Société des forces motrices de la Vienne (SFMV), communément appelée La Vienne, constituée le 15 juin 1914, a commencé par des chantiers hydroélectriques sur la Loire.

Sa propre société de travaux

À la tête de cette société, deux frères, Albert et Ernest de Marchena. Les aménagements qu'ils conduisent sur la Loire connaissent des difficultés, principalement avec la Maison Hersent, chargée de la construction de la centrale électrique de l'Isle Jourdain. Cette expérience conduit les deux hommes à s'associer avec la Société des forces motrices de la vallée d'Aspe (SFMVA) pour constituer une Société auxiliaire d'entreprises électriques et de travaux pPublics (SAEETP) à laquelle ils confieront désormais tous leurs travaux de construction comme l'indique un compte-rendu du conseil d'administration de 1923 : " Les difficultés de divers ordres que l'on rencontre lorsque l'on fait appel aux entrepreneurs et la possibilité que nous avons, grâce aux éléments techniques dont nous disposons, d'exécuter nous-mêmes les travaux prouvent l'intérêt à constituer un organisme nouveau réunissant les bureaux d'études et chargé des travaux de génie civil des deux sociétés. "

La Vienne passe ainsi commande en 1928 pour quatre usines sur le cours du Taurion. L'objectif est d'alimenter en énergie les départements du centre ouest et de pourvoir à l'électrification des campagnes. Des conventions de fourniture d'énergie sont signées avec les autorités locales. La première, et la plus importante usine mise en service, est celle de Saint-Marc, au lieu-dit Le Maureix. L'idée d'une usine hydroélectrique à cet endroit n'est pas nouvelle, puisque la Société électrométallurgique du Palais (spécialisée dans le raffinage par électrolytique du cuivre brut) avait déposé un projet dès 1922. Projet repris par La Vienne.

La mise en eau du barrage de Saint-Marc (45 m de haut, 172 m de large, alimentant alors une usine de trois groupes électrogènes de 4 750 kVA chacun) condamne le pont du Dognon. Comme il est en bon état, les ingénieurs de la SAEETP projettent un temps de le surélever avant de choisir d'en édifier un nouveau et de recourir à la technique dite du bow-string.

Rénové en 2020

Le Conseil départemental de la Haute-Vienne vient de conduire des travaux de rénovation de ce pont inscrit au patrimoine du XXe siècle depuis 2002. Au ministère de la Culture, sa fiche descriptive indique : "Le pont du Dognon est à trois travées. La particularité de ce pont est de posséder une travée centrale de 65 mètres d'ouverture constituée par une poutre en bow-string. Le procédé bow-string implique que les arcs et tabliers soient solidaires. Un arc supporte par des tirants ou suspentes un tablier de béton armé. Le tablier fait office de tirant : lorsque le tablier est chargé, des poussées verticales agissent sur l'arc, qui produit de ce fait des poussées latérales sur le tablier. Le tablier, en répartissant ensuite les poussées, fait alors office de régulateur, tel une corde (string) d'un arc (bow). La travée centrale repose sur deux piles en maçonnerie. Elle est encadrée par deux travées de 20 à 25 m de portée, constituées par des poutres paraboliques. Ces deux poutres paraboliques soutiennent, elles aussi, à leur partie inférieure, un tablier en béton armé formant parapet. Les différentes travées fonctionnent, ainsi, de manière indépendante les unes des autres."

Et l'argent suisse ? Dans les registres comptables de la SFMV, le projet de l'usine de Saint-Marc (le rétablissement des voies de communication en fait sans doute partie) s'élève à 35 millions de francs de l'époque. À la fin 1926, alors que la société s'intéressait à la Vienne et au Taurion, elle avait passé un accord avec Elecktrobank, société financière zurichoise qui lui octroya un crédit de 2 millions de Francs suisses pour mener à bien ses projets, en échange d'une prise de participation de vingt pour cent.