Face à l'injustice climatique

Jean Jouzel, climatologue et glaciologue.
La CCI de la Haute-Vienne et EDF, en partenariat avec le Crédit Agricole Centre Ouest, ont organisé jeudi 3 mars la Matinale de l'énergie avec en invité le climatologue Jean Jouzel.

La guerre en Ukraine était dans toutes les têtes mais elle était aussi un sujet de préoccupation justement par rapport au thème choisi par la Chambre de commerce et d'industrie de la Haute-Vienne, EDF et le Crédit Agricole Centre Ouest, à savoir les marchés de l'énergie et le réchauffement climatique. Cette Matinale de l'énergie était organisée au Pôle de Lanaud, lieu symbolique puisque le méthaniseur qui digère les déchets de l'élevage permet de chauffer les locaux et de produire de l'électricité vendue à EDF, le jeudi 3 mars, en présence d'une centaine de personnes. Le coût de l'énergie est l'un des enjeux majeurs du réchauffement climatique et tout le monde a bien compris que la guerre à l'est de l'Europe ne fera que renchérir pétrole et gaz. D'où l'importance de bien comprendre le changement climatique et les moyens de s'y adapter. C'était l'objet des propos de Jean Jouzel, climatologue, glaciologue et ancien vice-président du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) dont le dernier rapport est sans équivoque : « La fenêtre de tir pour limiter le réchauffement climatique se referme très vite et c'est aujourd'hui qu'il faut agir. »

De convention en convention

Celui qui a reçu la médaille d'or du CNRS en 2002 et le Prix Nobel de la paix en 2007 avec Al Gore et l'ensemble des scientifiques du Giec a rappelé que depuis la fin des années 80 les premiers constats ont été faits sur le rôle de l'activité humaine dans le changement climatique. Il a égrené les différentes conventions qui ont émaillé ces dernières décennies pour tenter d'infléchir l'augmentation de l'effet de serre, de Kyoto à Glasgow. « Globalement, c'est un échec, déplore Jean Jouzel, puisque les émissions de gaz effet de serre ont doublé en 50 ans. » Malgré tout, depuis les Accords de Paris, en 2015, l'implication internationale s'annonce plus efficace parce qu'« on a demandé aux pays ce qu'ils pouvaient faire pour lutter contre le réchauffement climatique ». Si cette nouvelle approche permet à tout le monde de s'impliquer, « elle n'est pas forcément en phase avec les objectifs ». En clair, on ne limitera pas ce réchauffement à 1 ou 2 °C. Enfin, Glasgow, en 2021, fixe la neutralité carbone à 2050. « C'est une ambition supplémentaire mais on sera loin du compte, constate, avec une voix toute douce Jean Jouzel. Et ce n'est pas simple de concrétiser ses ambitions. »

Neutralité carbone en 2050

Le scientifique évoque la Stratégie bas carbone adoptée en France en 2015 et révisée en 2020 qui vise à atteindre la neutralité carbone en 2050. « Ça signifie diviser par 6 nos émissions, soit augmenter de 50 % nos capacités naturelles de stockage de carbone ou encore diviser par deux nos émanations issues du bâtiment et de l'agriculture... », traduit Jean Jouzel.

Vient l'heure des questions de la salle. Éoliennes et biodiversité, autoroute Limoges-Poitiers, les conséquences du réchauffement... sont les thèmes évoqués par les participants. Jean Jouzel se veut clair : « Je suis pour l'éolien terrestre et off-shore, même s'il faut tout faire pour préserver la biodiversité. Après, c'est un équilibre à trouver parce qu'il y a toujours un aspect négatif. » S'il refuse de se prononcer sur le dossier de l'A147 par « méconnaissance du dossier », il se sent obligé de constater que, « quand des investissements doivent être faits, c'est toujours en faveur de la route plutôt que du ferroutage et du train ». Dans le même ordre d'idée, il confirme ce que les effets actuels du réchauffement ont montré : « C'est une injustice climatique parce que ce sont toujours les revenus les plus modestes qui sont les plus frappés. Et le réchauffement climatique aura des conséquences sociales, économiques et culturelles. »

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